Le Canal de l'Ourcq à Aulnay-sous-Bois

Porte d'un canal divisé

Le canal de l'Ourcq, long de près de 108 km, a permis pendant deux cents ans à ses riverains de participer à une vie intense dans laquelle les loisirs et le travail se côtoyaient. L'évolution de la voie d'eau parisienne s'est adaptée sur plus de deux siècles aux modifications et aux habitudes de vie des Aulnaysiens, qui sont passés entre-temps du statut de ruraux à celui de citadins.

Le canal de l'Ourcq est né à l'aube du Premier Empire, il fut terminé sous Charles X, son apogée commence sous Napoléon III avec le début de l'ère industrielle.

Sa vocation première était d'amener de l'eau à Paris. Sa longueur jusqu'au début du XXe siècle coïncide avec une voie d'eau à petit gabarit. Sa profondeur ne dépasse guère alors 1,20 m et ne peut s'accommoder que de péniches jaugeant au maximum 60 tonnes, conçues spécialement pour son cours.

Dans les années 20, la société des Canaux décide d'élargir et d'approfondir le Canal sur la fin de son cours, dans le département de la Seine. De ce fait, il pourra recevoir dans cette section de grosses péniches fluviales de 300 tonnes. Dorénavant la voie orchéenne sera partagée en deux parties : le grand gabarit d'environ 11 km, et le petit gabarit, d'une longueur de 97 km, qui passera dans quatre départements: ceux de Seine-et Oise, Seine-et-Marne, l'Oise et l'Aisne. Aulnay-sous-Bois, avec les Pavillons-sous Bois, se trouvent aux confins des deux gabarits, ce qui donne à ces communes une situation privilégiée, commerciale et touristique.

La fin du canal paysager à petit gabarit se situe à la porte d'eau d'Aulnay. Dans la première partie du xxe siècle, légèrement à l'aval d'Aulnay, on trouvait sur la rive gauche le petit pont des Glaises. Celui-ci enjambait un bras d'eau bordé de quais où était chargé le gypse qui descendait de la carrière de la Fosse Maussouin, située sur les territoires de Livry et Clichy.
Cette mini-gare d'eau côtoyait les guinguettes bien connues d'Aulnay-sous-Bois comme celles du Jardin Perdu et du Lapin-Sauté.

Vers 1930, dans la commune voisine des Pavillons-sous-bois, on pouvait voir sur le canal le remorqueur qui tirait son train journalier de flûtes jusqu'à la limite d'Aulnay-sous-Bois.
 À cet endroit les chevaux-vapeur laissaient la place aux moteurs à crottin (les chevaux et les mulets) qui prenaient le relais pour remonter les pénichettes, au long du « petit gabarit» qui quelquefois devaient déposer leurs marchandises jusqu'à La Ferté-Milon.

Quand on quitte le canal à petit gabarit à Aulnay-Sous-Bois, on entre aux Pavillons-sous-Bois dans le canal à grand gabarit. Sa profondeur peut atteindre 3 m, c'est le domaine des imposantes péniches qui livrent généralement des matériaux lourds, d'où les multiples dépôts qui parsèment les berges. Ces rives ont été aussi les témoins d'une riche histoire. L'énumération pourrait être longue de la Poudrette située à Bondy Forêt, des combats de 1870 en aval du pont de la Forêt en passant par le Tsar de Russie qui avait élu domicile au château de Bondy (aujourd'hui disparu). On peut aussi voir après la d'eau de Noisy-le-Sec les fonderies de métaux précieux Lyon-Allemand ainsi que l'agréable parc de la Bergère à Bobigny, situé en amont du pont de la Folie, puis les fameux moulins de Pantin. Au sortir du pays séquano-dyonisien, se trouvaient les fortifications parisiennes proches des abattoirs de la Villette qui sont devenus depuis la cité des Sciences et de l'Industrie

Ce paysage orchéen dans le département de la Seine- Saint-Denis peut nous aider à remonter le temps et, avec un peu d'imagination, nous permettre de retrouver l'époque de nos parents et grands-parents. Ceux-ci quittaient Paris pour s'installer avec des moyens de fortune dans des villages aux bords du canal de l'Ourcq. Ainsi se construisit une banlieue qui a nourri une proche capitale et contribué à son histoire.

Texte : Michel Mérille

Pour en savoir plus:
Le Canal de l'Ourcq, Vie et Anecdotes aux éditions Amarco
BP 3393320 Les Pavillons-sous-bois
LES CANAUX de Paris aux éditions Ouest - France
Pour vos balades orchéennes :
Orées d'Ourcq - B.P. 44 93320 Les Pavillons-sous-bois

Renseignements :
Direction des Affaires Culturelles de la ville d'Aulnay-sous-Bois
tel : 0148796374 fax: 01 48 79 63 48
e. mail : dac@aulnay-sous-bois.com

Aulnay-sous-Bois du village à la ville de banlieue

L'évolution urbaine de la fin du XIXe aux années 1960

Aulnay-sous-Bois reste pendant longtemps un village agricole, formé de hameaux dont la principale ressource est la culture des céréales sur la belle plaine située au nord.
Dès la fin du dix-neuvième siècle, plusieurs facteurs tant géographiques qu'historiques vont favoriser son évolution urbaine. Le démarrage de la croissance urbaine se situe en 1883, date de la vente par la famille d'Orléans d'une parcelle de la forêt de Bondy.
La commune d'Aulnay-sous-Bois est née officiellement en 1903, de la réunion des deux noyaux, le hameau d'Aulnay-lès-Bondy et, celui du lieu-dit le Parc. A sa naissance la commune compte 1098 habitants. L'ouverture du canal de l'Ourcq en 1820, va transformer le quartier en un lieu de loisirs pour les Aulnaysiens et les Parisiens, avec l'ouverture de guinguettes.

Du village à la ville de banlieue

Le véritable point de départ de l'urbanisation est l'arrivée du chemin de fer et l'ouverture de la gare le 30 mai 1875.A proximité de la gare, les terrains sont vendus pour créer un « village de villégiature estivale, aux portes de Paris ».
Dans cette première vague des lotissements, sont construites de spacieuses villas entourées de grands parcs ombragés par des chênes, vestiges de la forêt de Bondy. Le premier lotissement du Parc va être suivi, entre 1898 et 1914, de 16 autres lotissements.
Entre 1919 et 1926, 23 nouveaux lotissements voient le jour, comblant l'espace à l'est de part et d'autre des voies ferrées entre les deux anciens hameaux.

L'industrialisation

L'industrialisation de la banlieue nord débutée au milieu du 19' siècle va peu à peu s'étendre. Ainsi en 1924, la compagnie nationale des radiateurs s'installe à Aulnay-sous-Bois, sur des terrains libres situés à l'est et en bordure au sud de la voie ferrée Paris-Soissons. Il s'agit d'une usine destinée à la fonderie et au moulage de pièces de fonte utilisées dans les installations de chauffage central .Elle fait appel à l'ingénieur Eugène Freyssinet en 1928, pour construire sur le site plusieurs halles parallèles en béton, de grande portée. Au nord de la commune, de nouvelles zones d'activités vont se développer dès les années soixante, desservies actuellement par les autoroutes A3, Al etA104, par la N2 et la ligne B du RER. Parmi elles on peut citer: Garonor, Citroën, ou encore plus récemment l'implantation d'une unité de production de l'OréaI.

Les équipements de l'entre-deux guerres

L'accroissement de la population, de près de 30 000 habitants dans les trois premières décennies du siècle, rend indispensable la construction d'équipements sur la commune: école, poste, vélodrome, hôpital. L'architecture de ces bâtiments des années trente ont des traits communs : l'usage du béton et de la brique, une tendance cubiste et des lignes verticales ou horizontales nettement marquées.

L'étape des grands ensembles

Les destructions pendant la Seconde Guerre mondiale entraînent un grave problème de logement. On parle alors de« crise du logement ».Le coup de colère de l'abbé Pierre, lors de l'hiver 1954, débouche sur le lancement d'opérations visant à réaliser des logements très bon marché. Dans ce cadre, les HLME Emmaüs réalisent à Aulnay-Sous-Bois, à l'angle de la route de Gonesse et du Chemin du Moulin de la ville, une première cité d'urgence. En 1958, le ministre de la construction est chargé d'arrêter la répartition sur le territoire de « zones à urbaniser en priorité ». Les ZUP doivent compter au moins 500 logements. Le but alors est de concentrer l'effort de construction et d'équipement des communes. A Aulnay-sous-Bois, les 800 hectares de terres encore cultivées à la fin des années cinquante, vont disparaître peu à peu pour être remplacées par des opérations de logements: le Merisier, les Étangs, le Gros Saule, la Rose des Vents, la cité Ambourget.

Les étapes de l'urbanisation à Aulnay au début du XXe siècle

Après la Grande Guerre, le quartier de l'Hôtel de Ville s'est progressivement développé dans un périmètre délimité par des axes de circulation existant au moins depuis le Moyen Âge.

La route des Petits Ponts (section avenue jules Princet) conduisait déjà à Paris ; le chemin du Moulin Neuf (rue jules Vallès) continuait vers Livry Gargan et l'on pouvait se rendre du Bourg jusqu'au hameau de Nonneville et à Bondy (avenue Anatole France).

La cartographie et les archives désignaient ce secteur de la Commune par le toponyme : « La Mare à la justice ». Le cadastre napoléonien de 1819 reprend l'appellation, reproduite ensuite sur les actes notariés. Les cartes postales du début du XXè siècle montrent des champs de blé venant buter sur la voie ferrée et le plan d 'Aulnay-sous-Bois de 1908 indique un espace encore « vide », délimité au sud par l'avenue des Marronniers (avenue F. Herbaut), avec trois nouvelles rues, Blanqui, Barbès et Raspail.

1901

12 829 Aulnaysiens se partagent entre village et bois ; ils seront environ 8 000 à la veille de la Grande Guerre.

1921

L'immigration parisienne et provinciale conduit à une agglomération de 12 000 habitants. La mairie de la place des Écoles (place Camélinat) construite en 1908 doit être remplacée par un Hôtel de Ville dont l'emplacement est décidé dans cet espace libre, proche de la gare et presque au milieu de l'agglomération. Des baraquements de bois précèdent le bâtiment majestueux inauguré en 1934.

L'occupation du sol va utiliser des tracés quadrangulaires s'adaptant aux courbes des voies antérieures .Il y a déjà une place de l’Hôtel de Ville (deux maisons), les boulevards Félix Faure et Hoche avec chacun une maison. Les habitants des nombreux lotissements encadrant la Route de Mitry peuvent rejoindre la gare par le boulevard Charles Floquet (trois maisons) et la rue du Commandant Brasseur (dix maisons), tandis que le chemin du Moulin Neuf compte trois maisons ; la rue Danton est tracée (une maison).

1926

21 636 Aulnaysiens recensés.

Aulnay devient une« ville champignon ».

1931

31 426 habitants à Aulnay-sous-Bois.

Dans le quartier de l'Hôtel de Ville s'ouvrent successivement les rues Montmartre

(rue Contensin) avec quatre maisons, Rouget de Lisle(trois maisons), Berteaux (trois maisons) et Massenet (une maison) .

Les commerces se situant principalement autour de la gare et le long de l'avenue du chemin de fer (avenue Anatole France), le quartier affirme un caractère résidentiel sociologiquement très diversifié, regroupant beaucoup de pavillons et quelques logements collectifs. Les « immeubles de rapport »s'implantent rue du Commandant Brasseur, rue des Marronniers et impasse des Marronniers.

L'Hôtel de Ville n’étant pas inscrit dans un programme d’urbanisme cohérent, la voie « triomphale » du boulevard Félix Faure commence par un immeuble et mélange pavillons et ateliers. A l'angle de la rue Mitry, un immeuble « ouvre » le boulevard de l'Hôtel de Ville, avec l'intérêt réel d'abriter une nouvelle boulangerie.

Encore quelques chiffres

Rue des Marronniers n° 1 :

Dix-sept ménages dans l’immeuble, quarante-cinq personnes.

Impasse des Marronniers: quatorze ménages, trente-huit personnes.

Rue du 11 Novembre: vingt-six ménages, quarante six personnes.

Les logements collectifs témoignent ici du malthusianisme français, aggravé par le traumatisme de la Grande Guerre. On veut vivre mieux et ne pas faire de la« chair à canon ». Les pavillons n'accueillent donc pas que les plus aisés, mais aussi « les familles nombreuses », aidées par des législations incitatives. Les étrangers, mal accueillis par une France xénophobe et vieillissante) apportent une force de travail indispensable.

Rue du Commandant Brasseur, une famille italienne « élargie »regroupe, à partit' de quatre couples, dix-neuf personnes dont neufs adultes « actifs ».Les pavillons se multiplient chemin du Moulin Neuf, cinquante et une maisons, rue du Colonel Moll, cinquante, boulevard Hoche, treize, comme dans la nouvelle rue« baptisée » Nungesser et Coli, « alors qu'elle n'était que la rue de la mare » pour les gens du quartier. Des commerces s’ouvrent.

Du pain au 31 boulevard de l'Hôtel de Ville, de la viande dans la même rue et rues du Colonel Moll et du Commandant Brasseur, trois épiceries avec l'Union des Coopératives (rue des Marronniers) qui témoigne de la mutation des circuits de distribution, le lait est souvent livré par les producteurs du Vieux-Pays (laiterie Decaens) qui ont troqué la voiture à cheval contre une camionnette. Après l'utile, l'agréable ; quelques débits de boisson, un débit de tabac. Coiffeuse, blanchisserie et teinturerie inaugurent les commerces de service, mais le cordonnier est l'artisan le plus recherché (trois échoppes).

Quatre« marchands de couleurs » et deux grainetiers aident les nouveaux venus pour les travaux indispensables, car les jardins sont alors des potagers. L'automobile se développe. A côté des garages privés, très rares, voici les professionnels du quartier. Angle rue Jules Princet/boulevard C Roquet (actuelle pizzeria), 1932 garage André Citroën (garage Ford), installés dans des architectures modernes et fonctionnelles, alors que celui de la rue du Commandant Brasseur se contente d 'un simple hangar.

Les enfants sont là, nombreux. La sage-femme de la rue du Colonel Moll les aide à naître dans leur maison. Les écoles du Bourg débordent ; l'école laïque et républicaine va proclamer ses valeurs à travers l’architecture novatrice des groupes Anatole France et Paul Bert.

Les immeubles évoluent parfois dans une perspective plus solide; l'immeuble 28 rue des Marronniers est presque une « cité » où 43 ménages regroupent 126 personnes.

1936

31 763 habitants sont recensés à Aulnay-sous-Bois.

Aulnay-sous-Bois Le quartier du Parc

Un nouveau cœur de ville

Alors que la France du Second Empire devient une puissance industrielle, l'arrivée du chemin de fer à Aulnay-les-Bondy va bouleverser les équilibres séculaires du petit village rural. La mutation commencera au sud de la commune.

Eloignée du Bourg, la ligne Paris-Soissons longe la lisière de la forêt de Bondy dès 1861 ; l'ouverture d’une station à la Croix Blanche en 1872 et la construction de la gare d 'Aulnay trois ans plus tard favori sent la création d’un nouveau pôle de peuplement. Le quartier du Parc va regrouper des types d’habitat fort divers et offrir progressivement les structures d'un mode de vie urbain à une population aulnaysienne toujours plus nombreuse.

Dix ans après l’arrivée du chemin de fer, l’équilibre foncier de la commune se modifie.

A la chute du Second Empire, les héritiers du roi Louis Philippe ont recouvré leurs biens, en particulier ce qui restait de la forêt de Bondy, annexée au domaine impérial et partiellement lotie dès 1854. Les ventes de terrain s’accélèrent t commencent en 1883 sur le territoire d'Aulnay, avec seize parcelles couvrant environ 21 hectares délimitées par la rue de Bondy, les avenues de la République et de la Croix Blanche e t le boulevard Galliéni (noms actuels).

Plusieurs acquéreurs se partagent les lots :

M. Duthoit, commerçant parisien (11 ha) ,

Irénée Coullemont, curé de Saint-Sulpice d ' Aulnay (environ3 ha),

L’abbé Dumont, prédicateur parisien (environ 1 ha) et sa cousine Mlle Dumont (environ 2 ha) ; les deux prêtres achètent conjointement un lot de plus de 2 ha pour y bâtir le collège Jeanne d ' Arc, orphelinat de garçons (actuel hôpital gériatrique Bigottini).

Les constructions commencent aussitôt; en 1884 « MM. Coullemontet Dumont s’engagent à financer l'ouverture d’une voie de communication de la cour de la gare aux constructions nouvelles situées dans la forêt et à proximité» (C.R des délibérations du Conseil Municipal).

« Les promoteurs » structurent le lotissement par un réseau de voies, à peine modifié aujourd'hui; faute de plans, le nombre et la taille des parcelles restent inconnus. Les recensements enregistrent le succès de l'opération immobilière ; dès1 886, 31 maisons sont construites et 153 personnes vivent au Bois, dix ans plus tard, 874 habitants y sont dénombrés et 540 au Bourg.

La présence de nombreuses villas cossues affirme le caractère résidentiel du nouveau quartier. Les valeurs bourgeoises s'expriment dans des architectures solides de meulière ou de brique dont la façade se rehausse de recherches décoratives centrées sur les ouvertures ; d’imposantes marquises protègent les portes d’entrée à double battant, d'amples balcons s'ornent de balustres et des linteaux ouvragés surplombent les fenêtres.

Des constructions plus ostentatoires s’inscrivent dans un courant alors très en vogue, lié à la redécouverte du patrimoine national. « La maison Henri II » à l’angle de la rue Cornefert et « le petit château style Renaissance» bâti pour l'abbé Dumont (bibliothèque municipale) en sont les plus remarquables témoins, alors que d’autres demeures se contentent de tours et de tourelles. Un peu plus tard, « le château chansonia» (actuel commissariat de police) témoigne d'une démarche plus globale où les jardins remodèlent complètement la nature. Les villas du Parc, éparpillées et disparates, ne constituent pas un véritable ensemble résidentiel et l'essor démographique du quartier reflète une diversification très rapide des constructions. L'avenue Dumont offre encore aujourd’hui un véritable catalogue d ' habitats individuels et collectifs construits dans les années 1900.

Le quartier devient un lieu d’échanges, comme en témoignent les nombreuses cartes postales éditées alors par les commerçants. Il accueille dès sa création de nombreux restaurants qui organisent des bals dominicaux et des spectacles attirant une importante clientèle parisienne; en 1905, le Conseil Municipal se préoccupe du sort de ces « touristes d ' une journée agréablement passée à la campagne » et demande à la Compagnie du Nord le rétablissement du train de 5h du matin au départ de Paris.

Le recensement de1 896 confirme l'installation d’une nouvelle catégorie socioprofessionnelle au Parc ; les employés y représentent plus du tiers de la population active et la plupart travaillent à Paris. Les lotissements se développent bientôt vers le canal de l'Ourcq ; le quartier du Parc accède alors à un nouveau statut en accueillant édifices e t services publics. Les enfants scolarisés jusque-là aux lointaines écoles du Bourg bénéficie nt d’une classe provisoire dès 1896 ; le premier bâtiment de l'école est inauguré en 1902.

La mairie du Vieux-Pays menace ruine ; de nouvelles implantations sont envisagées et en 1908, une « mairie provisoire » est habilement insérée entre les bâtiments de l'école qui ne cesse de s'agrandir Immeuble Aubry-Boisson (place Camélinat) (actuelle place Camélinat). Un marché se tient sur cette place dès 1899 mais se rapproche vite de la gare pour contenter la clientèle du Bourg; La construction du bureau de poste commencera la même année, face à la station.

La commune n'est pas riche, et les édifices publics se contentent d’architectures atypiques. Bien loin du Bourg, la conquête du Bois avait commencé en 1883 ; le développement rapide du nouveau secteur déstabilise un moment l’administration communale, alors largement dominée par les grands fermiers.

Dès 1892, le projet d’une partition en deux communes est envisagé, « les intérêts des deux pays étaient bien distincts ». Escarmouches et vexations ponctuent la cohabitation, mais les décisions d’intérêt commun vont pacifier le climat.

Dès 1898, le gaz est installé dans la commune avec 27 lampadaires au Parc et 23 au Bourg. Les trente voies du lotissement du Parc sont classées en 1904, l'année ou l'eau potable de la Marne alimente les trois premières bornes-fontaines de la commune…

Aulnay- les-Bondy devient Aulnay-sous-Bois en 1903, et le quartier du Parc continuera de jouer un rôle majeur dans une commune toujours plus peuplée, accueillant lieux de cultes, équipements sanitaires publics et privés, garages et compagnies de transport, faisant de l'ancien quartier résidentiel un véritable cœur de ville.

Les années 30 à Aulnay-sous-Bois

Le logement et l'architecture

A partir du milieu du XIXe siècle, les débuts de l'industrialisation de la banlieue nord-est de Paris, entraînent un fort accroissement de la population urbaine et la migration des campagnes vers les villes.

Les vingt années à cheval sur les deux siècles correspondent à la phase d’accélération, à la fois de la croissance démographique, et de la construction immobilière en banlieue.

Le phénomène majeur de la période est sans doute l'implantation massive de la population ouvrière e n dehors de Paris. À cette époque la crise du logement pour la classe ouvrière s'aggrave en banlieue. On assiste à la construction de deux types d'habitats: les immeubles ouvriers à proximité des usines dans les communes suburbaines industrialisées, et les lotissements pavillonnaires, bourgeois puis populaires, dans les communes résidentielles.

La réflexion sur le logement

Les principaux courants politiques et idéologiques de la période se penchent sur la question du logement : réformateurs et socialistes utopiques, conservateurs monarchistes ou républicains, théoriciens de l'adaptation de la société à l'économie industrielle. Tous ont à faire face à la même question: l'industrialisation et ses conséquences. La prise de conscience de la nécessité de loger les travailleurs fut d'abord le fait d'industriels. Jean-Baptiste Godin (auteur du célèbre poële Godin) va réaliser, par exemple, un phalanstère dans l'Aisne à Guise pour loger ses ouvriers.

Planification de la croissance urbaine

L'idée s'est peu à peu imposée qu'une intervention de l'État en faveur du logement des ouvriers était une nécessité si l'on voulait éviter une crise sociale. Cette politique se développe de 1894 à 1928, de la loi Siegfried à la loi Loucheur. Durant cette période, huit grandes lois renforcent la politique d'encouragement à la possession du foyer familial et à l'habitat pavillonnaire.

Après la guerre de 14-18 s'amorce une politique volontariste de logement social avec des lois qui vont favoriser le financement par l'État d'opérations lancées surtout par des équipes municipales motivées. Ainsi, les cités-jardins ont été une réponse originale et de qualité à la pénurie de logement ouvrier.

Les années 20 s'achèvent sur un tournant de la politique urbaine. Deux lois de 1928, la loi Sarrault et la loi Loucheur ont favorisé pendant une courte période des réalisations importantes : la première pour l'équipement des lotissements, la seconde pour la construction des H.B.M. (habitations à Bon Marché).

L'évolution de l'architecture

La recherche d'un style approprié et universel fut l'une des caractéristiques les plus importantes de l'architecture du XIXe et du début du xxe siècle

Jusque dans les années 20 et 30, les architectes eurent recours au style néoclassique.

A l'instar du classicisme vers 1800, le Courant Art Nouveau se répandit dans toute l'Europe à la fin du XIXe siècle .La difficulté de traduire l'esprit des temps nouveaux et de trouver un style approprié, conduit à prendre la nature comme modèle. Puis le Mouvement moderne a commencé à se faire entendre dès le début des années vingt. L'immeuble 1930 type a une tendance cubiste: priorité est donnée aux volumes très simples, souvent constitués de plans parallèles aux décrochements nets, dont la pureté et le dépouillement reflètent parfaitement la fonction interne.

Les matériaux

Au début du XXe siècle la meulière fut très souvent choisie pour les constructions des murs porteurs des pavillons. Elle était associée à des harpes et chaînages (aux angles par exemple) en brique ou en pierre taillée. C'est un matériau économique.

De nouveaux matériaux comme le fer, le zinc, l'acier et le verre furent de plus en plus employés clans l'architecture du XIXe siècle. Mais ce fut surtout un mélange de sable de gravier et de ciment qui révolutionna l'architecture: le béton.

Seul celui-ci permit de réaliser une architecture totalement inédite, qui marque toujours l'image urbaine, aussi bien négativement que positivement.

À Aulnay-sous-Bois

Avec l'arrivée du chemin de fer- ouverture dès 1875 de la gare sur la ligne Paris-Soissons -Aulnay-Sous-Bois devient un lieu de villégiature. Mais l'industrialisation des secteurs nord -est de la banlieue, entraîne un fort accroissement des populations et une urbanisation

Importante. De 4417 habitants en 1906, la ville passe à 21 636 en 1926. Aujourd’hui, Aulnay est la troisième ville de la Seine-Saint-Denis avec un peu plus de 80 000 habitants. Les premiers lotissements sont destinés à une population bourgeoise. Après 1900 et surtout 1920, l'accession à la propriété est favorisée mais les conditions pour la classe ouvrière sont plus difficiles. Les terrains ne sont pas viabilisés. Il faut attendre les lois Loucheur et Sarrault pour que cette situations s’améliore.

Le « centre d'activités Chanteloup »

Un peu d'histoire

La compagnie nationale des radiateurs s'implante à Aulnay-sous-Bois en 1929, au sud-est, en bordure de la voie ferrée Paris-Soissons et à proximité du canal de l'Ourcq, en partie sur Sevran. L'entreprise est spécialisée dans la fonderie et le moulage de pièces en fonte. Elle fabrique des chaudières en fonte de chauffage central et des convecteurs en acier.

En 1949, l'entreprise passe sous le contrôle du groupe américain Idéal Standard, la fermeture de l' usine aura lieu en 1975 .La friche se déploie 15,7 hectares et comprend des bâtiments industriels à ossature béton de grande portée (bâtiments de fonderie, montage, stockage), un bâtiment métallique à sheds classiques et divers petits bâtiments annexes (vestiaires, réfectoires , ateliers , locaux techniques).

Une architecture industrielle en béton signée Limousin et Freyssinet

Matière maléable, le béton peut être moulé et permet de réaliser des coques et des voiles très minces aux formes légères.

Le rôle des ingénieurs dans la mise en œuvre du béton est déterminant. La construction de l'usine de la Compagnie nationale des radiateurs est confiée à l’entreprise Limousin. Elle réalise plusieurs bâtiments en béton selon les procédés de l'ingénieur Freyssinet: à l’est, une très grande halle mesurant 35 mètres de long (voir le plan: bât. DI-D2) couverte de coques, et au sud-ouest une halle couverte de voûtes conoïdes, de type sheds mesurant 50 mètres de large par 75 mètres de long (bât. B).Cette dernière sera en grande partie démolie lors du projet de réhabilitation.

Eugène Freyssinet (1879-1962) est l’inventeur de la précontrainte. Il conçoit les hangars jumeaux d'Orly en 1923. Outre les grandes couvertures et les ponts, il projette et construit en béton des usines et des hangars, des châteaux d'eau, des silos.

Claude Limousin (1880-1953) fonde en 1907 son entreprise à Lyon, dont il transfère le siège à Paris en 1919. Il offre à E.Freyssinet la direction technique de son entreprise qui prend le nom de : « Entreprise Limousin Procédés Freyssinet » .Les deux ingénieurs sont diplômés de l'École des Ponts et Chaussées en 1905.

Le projet de réhabilitation

La Société d'aménagement économique et social d'Aulnay-sous-Bois, le Blanc Mesnil, Sevran, et Villepinte, la SAES, est chargée au début des années 1980, par la municipalité de réaliser une zone d'activités. Le programme comporte la création de 360 logements, 9 000 mètres carrés de commerce et 45 000 mètres carrés de locaux industriels, 13 800 mètres carrés d'espaces verts et 900 places de stationnement. L’opération a été menée par Jacques Cohen, architecte urbaniste, assisté d’un designer Dominique Averland, du cabinet Forma, des services techniques de la ville (pour l'étude des infrastructures) d’un bureau d’études

(le GEPA) spécialisé dans la conception et la réalisation de locaux industriels.

Les grands ensembles

L'habitat collectif social à Aulnay-sous-Bois

Apparus au cours des trente glorieuses, les grands ensembles sont indissociables du paysage urbain français, et en particulier de la banlieue parisienne. Construits dans l'enthousiasme, ils représentaient pour les nombreux mal-logés de l'après-guerre l'espoir d'avoir un toit convenable. La lune de miel a été de courte durée, et dès les années J970, ils ont commencé à symboliser tous les échecs sociaux et architecturaux. Que s'est-il passé?

De l'immeuble collectif…

Quelles sont les caractéristiques générales du grand ensemble ? Implanté en périphérie de la ville, il est composé de tours et de barres répétitives et préfabriquées, dissociées des voies de circulation et à une échelle qui n’avait jamais été atteinte auparavant par l'architecture domestique.

Son origine est à rechercher dans l'immeuble collectif apparu à la fin du XVIII' siècle. Emblématique de nos villes, ce dernier est construit sur une parcelle en mitoyenneté avec une façade sur rue soumise aux règlements de voirie, il comprend des logements pour plusieurs familles, des surfaces pour des activités et des parties communes. Dans les années 1930, les architectes du mouvement moderne remettent ce modèle en cause. Ils veulent libérer l'immeuble des contraintes de l’alignement et de la mitoyenneté le dresser en toute autonomie vers la lumière du soleil… à la barre.

Les grands principes d’urbanisme du mouvement moderne sont énoncés dans « La Charte d'Athènes », publiée en 1942 par son célèbre chef de file Le Corbusier. Ce texte fondateur inspirera, en bien ou en mal, les acteurs de la Reconstruction, lorsque la France devra faire face, après la seconde guerre mondiale à une situation dramatique: environ 400 000 logements détruits et 1 500 000 endommagés, aggravée par une croissance autres, « empêcher les formes d'urbanisation peu conformes aux aspirations des habitants... lutté contre la ségrégation par le logement… ». Les ZAC, Zones d’aménagement concerté, qui ont remplacé les ZUP en 1967, doivent être bouclées en 5 ans, ne pas absorber pendant cette période plus de 40 % des logements de la ville et ne comprendre qu'entre 20 et 50 % d'HLM locatifs. Derrière les quartiers pavillonnaires, les tours

Dans les années 80, on s'attaque à de grandes opérations de réhabilitation qui n'excluent pas parfois la destruction de bâtiments entiers. Les recherches portent sur un nouveau type de logement social, plus humain, basé sur la diversité et intégré au tissu urbain. Un désir de qualité supplante les besoins de quantité des décennies précédentes.

Urbaine sans précédent : la population des villes passera de 22 millions en 1946 à 25 millions en 1954.

En 1953, le plan Courant prévoit la construction de 240 000 logements par an, ses objectifs seront atteints en 56. L’appel de l'Abbé Pierre dans l’hiver 54 suscite la mobilisation des citoyens et des politiques. Cependant, Cités d’urgence, LOPOFA, Logements populaires et familiaux, opérations« million » ... ne suffisent pas à combler le manque de logements.

En 1957, la Loi-cadre programme la construction de 300 000 logements par an, elle sera suivie en 1958 par le décret sur les ZUP, Zones à urbaniser enpriorité, qui place le choix et l'achat des terrains à urbaniser, la localisation des groupes de plus de 100 000 logements et la programmation des équipements sous l'autorité du préfet et des services de l'État. La vitesse de croisière des 300 000 logements par an est atteinte dans les années60 et le grand ensemble s'installe dans le paysage français.

ZUp' ZAC et clap de fin…

Les procédés de construction permettent de construire de plus en plus vite. L’heure n'est plus à la qualité mais à la quantité : 4 000 logements à La Courneuve, 3 000 à Aulnay ... Au début des années 70, on a bâti 7 millions de logements en 25 ans, dont les principaux bailleurs sont les organismes d'HLM. On vient à bout de la pénurie.

Si dans un premier temps les Français s'émerveillent, et vont en famille le dimanche visiter les nouveaux quartiers, l’heure des bilans arrive vite et se révèle sévère. Défauts de construction, absence d'équipements, transports interminables, ghettoïsation ...

En 1973, la circulaire Olivier Guichard donne un coup d'arrêt aux grands ensembles pour, entre Aulnay-sous-Bois. L’ancien petit village rural a dû faire face lui aussi à une urbanisation gigantesque. Son développement se réalise d’abord sous forme de lotissements pavillonnaires.

Cependant, dès les années 1950, la demande en logements s'intensifie (la ville passe de 31 763 habitants à 47872 en 1962) et de nouveaux quartiers composés de grands ensembles apparaissent dont, Emmaüs en 1954, Le Merisier en 1963, Les Mille-Mille en 1965, le Gros Saule entre 1975 et 1980 et surtout la Rose des vents, 3 132 logements édifiés en 1966/67.

La plupart ont déjà été réhabilités. Actuellement, le GPV, Grand Projet de Ville, étudie les possibilités de requalification de sept quartiers prioritaires.

Aulnay-sous-Bois Le collège Victor-Hugo

Une réalisation architecturale récente

Le collège Victor-Hugo a fait peau neuve. Aux tristes murs gris des bâtiments d'antan ont succédé de beaux édifices de briques rouges, fiers de rappeler que l'enseignement reste une priorité dans la cité républicaine.

Le collège Victor Hugo a été construit en1968 au coeur du quartier de la Rose des vents. Les bâtiments devenant vétustes, le Conseil général a décidé de les reconstruire.

Architecture et lieu d'enseignement

Roland Castro et Sophie Denissof, lauréats du concours d'architecture lancé en 1996, ont recherché leur inspiration du côté de l'école républicaine symbolisée par Jules Ferry.

Les grandes aspirations de la IIIe République, scolarisation pour tous et égalité des chances, se sont traduites, dés la fin du XIXe siècle, par la construction de nombreux établissements à l'identité très forte. Ces écoles étaient souvent inspirées de l'architecture conventuelle et reprenaient le thème du cloître: vaste cour enserrée dans les bâtiments d'enseignement.

Cette typologie a été conservée au cours des époques suivantes. Dans les années 1920-30, si les architectes du mouvement moderne ont pu insuffler un nouvel élan à l'architecture scolaire c'est plus dans l'expression et les modes de construction que dans les plans, car la réglementation mise en place au XIXe siècle restait en vigueur.

L'après-guerre a vu la quantité prendre le pas sur la qualité et le modèle standardisé a bien souvent remplacé la création architecturale. Il faut attendre les années 70 et 80, avec la remise en cause de l'enseignement traditionnel et donc la recherche d'un environnement nouveau, pour que l'architecture connaisse une véritable renaissance dans la construction des écoles.

En 1986, la décentralisation a confié la commande des établissements scolaires aux collectivités locales. Dorénavant les lycées sont construits sous la responsabilité des régions, les collèges des départements et les écoles primaires des communes. En Seine-Saint-Denis, le Conseil général construit en moyenne 3collèges neufs par an et en rénove le même nombre.

Un cloitre républicain

C'est donc pour un retour aux sources qu'ont opté Roland Castro et Sophie Denissof. Ils se sont attachés à recréer un lieu représentatif des valeurs républicaines et humanistes de l'enseignement public.

Ils ont voulu un lieu protégé, à l'abri de l'agitation extérieure et propice à l'étude et à la réflexion. Pour cela ils ont refermé le collège sur lui -même et l'ont centré sur une vaste cour intérieure. Cet espace clos, seulement ouvert sur le parc Robert Ballanger, est aussi un lieu de rencontre puisqu'il dessert les classes du collège comme celles du SEGPA ou filière professionnelle. Une des idées directrices était d'intégrer cette section sans la différencier.

Les murs de brique rouge donnent une impression de rigueur. Ils rappellent 'que l'école représente des règles à respecter. Cependant le décrochement des toitures, les courbes de certains bâtiments, l'enduit blanc des parties hautes leur enlèvent toute sévérité et leur donnent au contraire une réelle élégance.

L'entrée se fait par un parvis qui mène à un vaste hall desservant les salles de classe du SEGPA et du collège et les locaux administratifs. De grandes baies s'ouvrent sur le préau et la cour. L'organisation des différents lieux est claire et rationnelle.

Autant qu'un projet d'architecture, c'est une vraie réflexion sur l'enseignement qu'ont menée les architectes.

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